Résumons rapidement l’affaire, je n’ai que quelques minutes pour écrire ce billet. Les kiteboarders sont à Lüderitz en ce moment et vu les dernières performances, tout porte à croire que la barrière des 50 noeuds a des chances de tomber. Ceci étant dit, vous savez ce qu’on dit à propos de l’ours. Par ailleurs fin du mois, l’Hydroptère sera à pied d’oeuvre à Port Saint Louis. Mais revenons à Lüderitz. Bjorn Dunkerbecjk, multiple champion du monde de windsurf est là-bas aussi. Il n’a plus rien à prouver mais il verrait bien sa carrière, qui touche à sa fin, se terminer avec un run mythique. Tout comme Antoine Albeau, qui lui aussi n’a plus rien à prouver. Or juste après Lüderitz, Bjorn a déclaré ceci :

« Vendredi était une journée vraiment ventée avec 40 à 45 nœuds mais c’était impossible de naviguer en windsurf car il y avait par endroit sur le run moins de 10 cm d’eau. C’est seulement plus tard dans la journée que c’est devenu possible de passer en windsurf mais malheureusement le vent est tombé entre 25 et 30 nœuds. C’est vraiment dommage. »

La déclaration n’est pas anodine. En pointant le fait que par endroit il y aurait moins de 10 cm d’eau, ce qui reste à prouver car il ne faut pas non plus confondre un kite avec un hydroglisseur, Bjorn cherche à attirer l’attention du WSSRC. L’observateur sur place n’aurait-il pas vérifié le plan d’eau après l’énorme polémique de la règle n°3 amendée depuis ? Ce faisant il ramène aussi le sujet sur le devant de la scène… 

Il y a quelques mois, c’est Antoine Albeau qui avait également joué un drôle de jeu, en semblant approuver  le bien fondé de la règle n°3. Antoine a pourtant battu son record sur le canal. Le canal est je le rappelle pour ceux qui auraient manqué le début de l’histoire – une immense tranchée (efficace mais glauque) réalisée à coup de bulldozer, puis remplie d’eau. La profondeur y est faible, certes largement supérieure au run de Lüderitz mais surtout la largeur modérée du canal fait que le clapot y est limité. C’est son avantage numéro 1.

Albert Londres disait que le journalisme est de « porter la plume dans la plaie ». Lui parlait de sujet vraiment sérieux mais je me permets quand même d’appuyer la où ca fait mal et de dire à Bjorn et Antoine que j’ai croisé de nombreuses fois sur les spots, qu’ils jouent tous les deux un jeu dangereux. L’avantage procuré par le canal pourrait devenir aussi illégitime aux yeux du WSSRC que la faible profondeur.  Après tout aucun bateau ne peut raisonnablement venir naviguer sur la canal. Donc aucun bateau ne peut bénéficier de l’avantage accordé aux windsurfers, avantage dont ne peuvent bénéficier les kiteboarders. D’où le côté surréaliste des remarques des deux costauds. Le WSSRC reste une instance anglaise (avec des français inside c’est vrai) voulue par les voileux.  Donc des gars pour qui le tirant d’eau et la mer ouverte sont deux notions importantes. Au moins les kitesurfers se lancent en mer « ouverte », même si le chop killers (atténuateur de clapot) ont de la partie. Le WSSRC pourrait finir par décréter que les problèmes des jeunes générations commencent légèrement à leur gâcher le tea time et renvoyer tout le monde hors catégorie. Et encore, là, je n’aborde pas la notion de fair play…

6 minutes 37 secondes. Quand un sujet me met les nerfs j’écris vite. A un dernier détail. A propos de la règle n°3, j’avais titré « La quête des 50 nds se fera sans noblesse« . C’était sans aucun doute l’épisode n°2…

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5 Responses to Vitesse à la voile : les windsurfers jouent un jeu dangereux

  1. ebw dit :

    deux problèmes différents

    A mon sens les problèmes de « mer ouverte » et de profondeur (ou « ground effect ») sont différents. L’esprit du record est que celui ci soit représentatif de la performance d’une embarcation utilisant l’unique énergie éolienne. Dans le cas cas du canal les mêmes performances pourraient théoriquement être réalisées en mer ouverte: aucune raison physique ne s’y oppose, simplement les conditions de vent et d’état de la mer nécessaire se rencontre plus souvent sur le canal. Dans le cas du « ground effect », il y a un réel avantage physique, sans cet avantage une telle vitesse ne pourrait être atteinte. Le pendant de cet avantage est l’effet de sol pour les avions qui leur permet des performances à proximité du sol supérieures à celles en altitude, et l’effet de sol pour les voitures (celles de compétition) qui s’il disparaît en raison d’une irrégularité sur la piste entraine parfois des accidents spectaculaires.

  2. Thierry dit :

    Pas d’accord

    ….simplement les conditions de vent et d’état de la mer nécessaire se rencontre plus souvent sur le canal ». L’état de la mer fait partie des principaux « frein » à la vitesse. S’affranchir du clapot est un avantage déterminant, tous ceux qui naviguent en windsurf ou en kite sur un plan d’eau clapoteux (genre Fuerteventura et son clapot croisé) le savent, tu as connu ça aussi peut-être. C’est aussi un avantage « physique » il n’y a plus de choc sous la planche, plus de changement d’assiette et d’appui, et par conséquent la gestion du gréement donc de la propulsion devient plus efficace. Ce sont deux avantages différents mais deux avantages déterminants. Les bateaux disposent du GPS embarqué et ne sont plus obligés de passer entre deux bouées (c’est énorme), les windsurfers ont le canal, et le KTB ont la faible profondeur. Chacun dispose d’un atout.

  3. ebw dit :

    Pour moi il y a une différence fondamentale entre « l’atout » des windsurfeurs qui n’est qu’une digue améliorée, mais qui ne change rien au fait qu’ils naviguent sur l’eau. Alors que les kites profitent d’un phénomène physique qui si il n’y avait pas la règle, si controversée, du wssrc pourrait être poussé à l’extrême avec des runs en char à voile dans 1mm d’eau (et on peut oublier les 50kts pour passer directement à 60 voir 70kts).
    En ce qui concerne le gps embarqué il est autorisé pour tous. Il y a peut être un frein budgétaire, mais c’est un problème complètement différent

  4. Vincent dit :

    paroles paroles

    Encore des mots toujours des … maux?
    Quelqu’un est-il capable de(ou a t-il) quantifier le gain de vitesse procuré par une mer plate et celui de l’ effet de sol?
    Il faudrai voir si l’on parle de 1 ou 10 noeuds.
    Je ne veux pas réouvrir la boite de pandor mais à mon sens, tant que rien de sérieux ne sera avancé pour autoriser ou restreindre la hauteur d’eau et qu’on en restera au bon vieux lobbying, les dents risquent de continuer à grincer.
    ne risque t-on pas quelques dérapages?

  5. Thierry dit :

    Règlementation ?

    La réglementation existe. La profondeur mini est de 10 cm. Elle est en rapport avec la largeur, très faible, des planches. Effectivement, pour l’instant, nous sommes dans l’approximation, mais je maintiens que chaque famille d’embarcation dispose de « son » avantage spécifique et qu’on peut effectivement assez vite se laisser « bouffer » par les aigreurs de chacun.
    @EBW. Le canal n’est pas une « digue » amélioré. Le canal est un plan d’eau d’où on a gommé le clapot. Si tu navigues en windsurf, tu dois avoir que le clapot est le premier frein à la vitesse.