Jeudi 22 mars, l’équipe de l’Hydroptère est attendue à 11 h sur le salon nautique de la Ciotat. Auparavant, une visite du chantier H2X où la coque est en travaux et où sont entreposées les autres pièces du puzzle a été organisée par les équipes du bateau et de la DCNS, nouveau partenaire pour les trois ans à venir. Think global, act local pourrait être la devise du jour. A l’heure prévue, on mesure l’attraction de ce bateau si singulier que l’arrivée de Luc Alphand ne fait que renforcer  : une bonne cinquantaine de journalistes viennent coiffer les casques de protection siglées DCNS méticuleusement alignés sur une table dans ce vaste hangar industriel. Ce qui donne à la visite des airs de meeting de campagne.

L’Hydroptère est désossé devant nous. A entendre la plupart des questions qui fusent et les réponses très didactiques du skipper, ce sont des majoritairement des médias généralistes mais ce n’est pas une critique et le propre de ce bateau si particulier a toujours été de faire rêver bien au delà de l’horizon des initiés. Les bras de liaison n’ont pas changé, le mât non plus. On pourrait s’étonner quand on pense au gros budgets et les moyens techniques mis en œuvre pour les grands records ou en Imoca mais le contrat avec DCNS est tout frais, la nouvelle « peinture » est encore dans les pots, il ne fallait pas s’attendre à un bateau tout neuf. Quoique…. La partie avant a été modifiée, le bout dehors rallongé. Le but est d’avancer le point de tension des voiles d’avant. Le plan de voilure sera lui aussi nouveau. En augmentant la composante verticale de l’effort, le nez du bateau devrait être plus relevé. On sait que l’hydroptère a une tendance à piquer du nez, ça s’est avéré fâcheux dans le passé, ça pourrait être plus dramatique la nuit au large quelque part entre Los Angeles et Honolulu en plein Pacifique nord et ce choix est fait pour y remédier.

C’est en effet le prochain défi décidé par Alain Thébault qui ramène l’Hydroptère sur le terrain – le grand large – pour lequel il avait été initialement imaginé il y a vingt ans. Le record est détenu par Kersauzon et Geronimo, le temps est raisonnable, à la portée de l’équipage et du bateau. Un beau galop d’essai, qui plus est outre-atlantique, un terrain qui compte aussi conquérir DCNS, ce n’est pas une coïncidence. L’entreprise a pour objectif de doubler son chiffre d’affaire d’ici 2020, autant s’en donner les moyens et l’international est un objectif clair. Think global, je vous le disais. A la question de savoir quels seront ensuite les autres objectifs et ambitions, Alain Thébault répond que le record de l’Atlantique en mois de trois jours en fera partie. On change clairement d’échelle puisque ce n’est plus Charlie Barr qui le détient mais bien Pascal Bigdégorry avec Banque Pop V en 3 jours 15 heures, 25 minutes, je vous fais grâce des secondes. La réalisation de challenge autrement plus ambitieux passerait par un autre bateau, dans trois ou quatre ans. Des premiers contacts auraient même eu lieu avec VPLP, l’idée est même bien cernée si l’on se réfère à ce sujet paru en octobre dernier dans la Tribune de Genève. Thébault le rêve avec une voile rigide. Des foils et une aile, l’idée a de la gueule et Alain aime que l’on n’oublie pas qu’il ne craint pas les défis difficiles. Revenons à nos moutons, à plus court terme. En fait, il y a bien du changement : les foils ont été modifiés, exit les profils de vitesse. L’Hydroptère est en recherche de stabilité, il naviguera cette fois dans la houle du large. La vraie nouveauté n’est finalement pas dans ce hangar de La Ciotat. C’est le plan arrière, un des clés de voute du bateau. Jusqu’à maintenant contrôlé manuellement, rappelons qu’il est porteur en phase de « décollage » puis déporteur ensuite, il « retient » le bateau, il sera bientôt assisté et c’est une équipe de huit personnes dirigée par Damien Laval qui travaille sur le sujet à la DCNS dont l’un des métiers est de faire ce genre de « job » pour les sous-marins. Dès 2008, on se demandait déjà si un tel système existait , l’Hydroptère franchit donc un cap technologique naturel.

Que retenir d’autre. Thébault parle de stabilité au large. Imaginé il y a plus de vingt ans, l’Hydroptère qui se repose sur trois points d’appui, deux devant et un derrière a des limites en terme d’assiette. L’idéal serait un fonctionnement avec deux plans porteurs arrière, un pour chaque amure. A fortiori pour être vraiment stable et concurrentiel au large face à des bateaux comme Banque Populaire. C’est le sens de l’expérience mené sur l’Hydroptère.ch les deux années passées et c’est bien sur ce principe qu’est imaginé le maxi. Par ailleurs, dans la série « petite phrase », à un moment, Alain Thébault lâche qu’après la page course au large, il aimerait bien reprendre le record absolu à la voile. Ce n’est pas un désir à prendre à la légère. Le skipper a du respect pour les kiteboarders mais l’esprit de compétition n’est pas éteint pour autant.

Passons au chapitre Luc Alphand. Gros morceau évidemment. Je ne vous apprends rien en vous disant que l’animal est sympathique, naturel. Un rêve de responsable communication, raison pour laquelle, outre sa capacité à se remettre en cause, il rebondit dans toutes les directions. Son arrivée dans la filière du talent DCNS a fait grincer quelques dents chez les skippers peu enclins à accepter la concurrence d’un ancien pilote du Dakar fût-il auparavant descendeur et vainqueur de la coupe du monde, mais Christophe Lachnitt à la tête de la com’ s’en expliquera en détaillant les projets et les deux volets, sportif et un social. En attendant, Luc joue l’humilité, explique son parcours, ses premiers pas avec Thiercelin débarqué depuis, la difficulté de l’exercice, le rythme de vie imposé par la course au large et qu’il n’a connu ni en ski, ni même sur le Dakar, il parle de gros choc mais on devine en lui la gourmandise du champion qui se verrait bien réussir une nouvelle reconversion. Le mot est lâché, c’est un mot-clé qui peut faire comprendre le choix de Luc par la DCNS à la recherche d’un vecteur de communication qui soit en phase avec sa stratégie. Le volet social de DCNS, Les Filières du Talent DCNS, consiste en effet depuis quatre ans à aider des hommes et des femmes en panne de projet à acquérir une formation diplômante puis à trouver un emploi au sein du Groupe ou d’autres entreprises, à travers des formations et des ré-orientations professionnelles. Le programme voile qui intégrera des « apprentis » dont Lucho, à bord de l’Hydroptère, il y aura également, une femme et une personne handicapé se veut le miroir de ce qui se passe à terre. D’aucuns trouveront le parallèle tiré par les cheveux mais le programme a sa raison d’être et aujourd’hui le sponsoring devient un geste plus impliqué qu’un simple transaction financière, on ne peut pas s’en plaindre.

Le bateau subira une campagne de test en mai au large de la Provence. Je devrais être à bord pour un ou deux tests, je vous garanti que l’on en reparlera ici en détails. Ensuite, il sera placé sur un cargo direction la Californie.

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10 Responses to L’Hydroptère retourne au large

  1. Sylvain dit :

    Aaah, des news de TB, et de l’hydroptère !

    C’était pas l’EPFL qui bossait dessus ? Plus de sous ?
    C’est Dassault Systèmes qui devrait rentrer dans la danse du mécénat, Catia est déjà utilisé dans la conception du bestiau…

    On attend les photos du bord !

  2. Thierry dit :

    Avant oui mais je pense que c’est davantage DCNS aujourd’hui. L’un n’empêche pas l’autre cependant. L’EFPL avait beaucoup travaillé sur les foils. Pour Dassault Systèmes, je n’ai pas plus d’info. Pour le reste rdv en mai, c’est certain…

  3. clovis dit :

    welcome back!

  4. Sylvain L. dit :

    Ça fait quelques années que je suis le parcours de l’Hydroptère (certes de manière moins assidue que toi), étant donné que j’ai toujours été attiré par cette machine si spéciale qui allie technologie de pointe (aéro et hydrodynamique) et tradition (la mer, le vent, tout ça).

    Et ce que je trouve incroyable, c’est la détermination d’Alain Thébault. J’ai cru comprendre qu’à plusieurs reprises le projet n’était pas loin de capoter. Combien de fois a-t-il douté ? Combien de fois s’est-il dit « y a plus aucune chance, je laisse tomber » ? Combien d’heures passées à défendre son jouet pour obtenir les financements ?

    En tous cas, vu le résultat aujourd’hui et les projets de demain, on peut dire que ça a payé.

  5. Thierry dit :

    Effectivement, l’aventure aurait pu, aurait du capoter plusieurs fois, tant elle a été longue, difficile, incertaine. Effectivement, ça a payé. L’équipe de l’Hydroptère et Alain lisent ce blog et j’imagine que ton commentaire touchera sa cible. :D

  6. Stéphane dit :

    Je ne pense pas avoir encore vu l’Hydroptère en action, mais des précurseurs vers 1990-1994 à la Semaine de Vitesse de Brest. A l’époque certains semblaient bien farfelus surtout qu’à la même période, c’était le renouveau du bateau « tradi ».

    Dans un autre style, on pouvait aussi à l’époque admirer la coque du Kometa, hydroptère de transport passager d’origine russe qui gisait depuis très longtemps sur un quai du port de commerce de Brest (liaison Brest, Le Conquet, Ouessant).

    Stéphane

  7. Thierry dit :

    L’Hydroptère en action est un spectacle qui ne s’oublie pas… De même qu’un Moth bien piloté mais la taille le rend moins impressionnant

  8. Stéphane dit :

    Il va falloir que je surveille ça de plus près ;-)

    Stéphane

  9. Trolef dit :

    Cet oiseau m’impressionne, vraiment !