Début mai, chantiers navals de La Ciotat. Juste après le check-point d’entrée la route serpente dans un décor de friche industrielle et passe littéralement au travers d’un des vieux et historiques bâtiments datant de la phase industriel du lieu. Une immense carcasse métallique habillées de briques rouges et partiellement ouverte sur sa partie droite. La route bifurque sur la gauche, puis on change d’époque d’abord en tournant face au hangar plus moderne du chantier H2X et d’échelle en passant au pied du gigantesque portique Krupp, la plus grosse unité de portage face à la grande darse. Hauteur 96 m, poids 5000 tonnes, capacité de levage 650 tonnes. Un dinosaure au propre comme au figuré. Juste à coté des rails, sur un espace improvisé entre deux containers, s’affaire une équipe de techniciens autour d’un bateau qui, dans ce contexte, semble assez petit à fortiori parce qu’il est démâté.

Mais c’est bien de l’Hydroptère dont il s’agit aucun doute à avoir, il doit être mis à l’eau dans la matinée. La scène est étonnante dans le sens où il a distorsion entre le rendu médiatique, les records, la technologie, les noms connus et les grands moyens et la réalité perçue sur ce coin de béton improbable au bord de la route. L’équipe est réduite, il y a bien quelques journalistes, un télé mais les caisses à outils sont au sol. Tout le monde est souriant et accessible, ce n’est pas le foot, ce n’est pas la F1. On sert la pogne à Jean Le Cam, on discute le bout de gras avec Anders Bringdal ou Armand Coursodon passés en voisin et qui racontent ce jour de novembre 2008 où l’Hydroptère a mis la cabane sur le chien, pendant que Luc Alphand répond à une interview. François Cazala accompagne Alain Thébault depuis 2001, est au travail sous le bateau tout comme, Jeff Mearing responsable des sytèmes de mesures embarquées bosse sous le nouveau bout dehors et Warren Fitzgerald, boat captain, a la pression puisqu’il est responsable du grutage. Thomas Lesage, chargé de com’ s’assure que tout va bien.

A la bonne franquette et quasiment comme un camping, un autre technicien dont les deux PC portables sont négligemment posés dans un savant bordel, à coté des boites à outils sur une planche en bois calé entre deux trétaux, est au taff. La dernière conférence de presse nous a appris que la DCNS avait dédié une équipe à la gestion électronique du plan porteur arrière, Alain Thébault qui nous présente, me confirme que c’est bien l’homme de la situation. La discussion va être fructueuse. Effectivement tout est à l’étude. L’assistance du plan porteur arrière qui soulève le bateau en phase de décollage et qui le retient ensuite (porteur/déporteur) est un sujet difficile. Le problème est le suivant, simple au demeurant. Pour agir sur l’inclinaison de l’aileron, de quelle informations faut-il disposer ? Principalement les données concernant l’assiette mais pas seulement. Explication : l’Hydroptère sera équipé d’une centrale inertielle. Un genre de boite magique comportant des gyroscopes, des gyrocompas, des capteurs d’accélération et de vitesse angulaire et calculant en temps réel et de façon très précise les informations de position, de cap, d’attitudes (tangage, roulis) et de dynamiques (vitesses et accélérations) dans les trois axes du bateau. On peut coupler ces données avec d’autres paramètres tels que la direction du vent, l’angle de barre par exemple, la cap, les efforts dans le gréements etc… Le bateau sera également équipé de deux radars qui mesureront à l’avant et à l’arrière la hauteur de la coque par rapport à l’eau, toujours pour donner plus d’infos sur l’assiette de l’oiseau et le situer par rapport au plan d’eau. Mais positionner ces radars pour qu’ils soient efficace et ne soient pas trompés par la première vague n’est pas évident. Reste à terme à savoir gérer cette masse d’info pour en tirer des informations exploitables via un programme spécifique, qui pilotera les actions adéquates. Mais la DCNS a un peu d’expérience sur le sujet…

Bref, à terme, le plan porteur sera alors « assisté par ordinateur » comme on dit. Nombreux sont ceux qui pensaient que c’était le cas auparavant. Mais de l’aveu même de l’équipe, peu probable que ce soit opérationnel pour le record LA-Honolulu, les délais étant très courts. Reste le joystick près du volant qui commande un moteur électrique qui lui même agit sur l’angle, et la « patte » de l’équipe qui en a vu d’autres mais qui devra avoir le doigt sûr la nuit au large de la cote américaine.

Pour le reste, l’Hydroptère est fidèle à lui-même. Les foils sont nouveaux (ce qui finalement équivaut à avoir changé les ailes sur un avion, c’est bien l’essentiel mais la coque et les bras porteurs sont ceux du débuts, le mât aussi a vu défiler des coups de vents, des coups durs et des coups d’éclats. Ce mât qui verra bientôt défilé l’eau du Pacifique. 

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3 Responses to L’Hydroptère. Entre mode manuel et assistance électronique

  1. [...] compléter, et en attendant l’article dans Voile Mag, vous pouvez lire ce billet de Thierry Seray, sur son blog Tendance Bleue. Vous pouvez aussi reprendre, dans vos archives, l’article de [...]

  2. clovis dit :

    Belle photo!
    C’est quoi leur timing sinon?

    C.

  3. thierry dit :

    Merci. Le bateau part pour l’Espagne dans quelques jours, il est mis sur un cargo pour L.A. Le transport dure un mois. La meilleure période pour la tentative LA-Honolulu est juillet. C’est donc serré…