Vendredi dernier, alors que l’équipe prévoyait une montée en charge progressive puisque le bateau n’avait été remis à l’eau que quelques semaines auparavant et ceci après son chavirage de l’automne dernier, Alain Thébault et son équipage grillent la politesse au chrono et exploitent au mieux un vent d’ouest de 25/30 noeuds en rade d’Hyères pour une bonne glissade a plus de 50 noeuds. Record absolu à la clé. Retour sur cet épisode avec Alain Thébault, skipper de l’Hydroptère, dont j’ai souvent parlé ici, ainsi que dans la revue Bateaux. On apprend dans cette interview que l’Hydroptère.ch est bien en construction, Alain y confirme aussi ses visées hauturières et son rêve de tour du monde en 40 jours, et que l’Hydroptère a battu le record avec son « vieux gréement » . (crédit photo : Thierry Seray)

Tu prévoyais un montée en charge progressive et vous battez le record quasiment de suite. Tu cachais ton jeu où était-ce une surprise ?

Le petit mot de Christohe Simian, chonométreur Officiel WSSRC et présent ce jour là me paraît répondre parfaitement à la question : « Salut Alain , ce que vous avez fait vendredi est immense voir grandiose. En tant qu’observateur WSSRC j’observe ! la chose qui m’a le plus impressionné vendredi : c’est la concentration de l’équipage , sa force et son professionnalisme , il se dégageait de vous une espèce d’ invincibilité ainsi qu’ une puissance incroyable!!! Je n’avais jamais vu ça auparavant ! Encore bravo à ton équipe ! j’ aurai vu 9 records absolus de vitesse à la voile grâce à vous  ! Je suis prêt  pour le 10 ème ! A bientôt et sincères amitiés . Christophe Simian »

Les records successifs de Sail Rocket et surtout de Macquarie Innovations avec les 50 noeuds franchis n’ont-ils pas un peu entamé le moral de l’équipe cet hiver ?

Pas le mien en tout cas. Je vais demander à Boris Cyrulnic d’avoir la gentillesse de m’expliquer ;-). Mais la réponse est sûrement dans mon premier livre : Pilote d’un rêve publié chez Flammarion

Les derniers runs à Port Saint Louis dans le vent fort étaient difficiles avec un bateau difficile à stabiliser, comment se sont passés les premiers runs à Hyères ?

La première journée d’essais à Hyères s’est bien déroulée avec une vitesse supérieure à 50 nœuds dès les premiers runs. Par rapport à notre dernière navigation à Port Saint Louis, le bateau semble désormais plus rapide. Et aussi stable à l’endroit qu’à l’envers ;-)

Y-a t-il eu des changements techniques sur le bateau pendant l’hiver ?

Nous avons retouché le profil des foils. Notre gréement vitesse étant détruit, nous avons installé pour 2009 le gréement hauturier, moins performant et les anciennes voiles qui datent de trois ans. Le bateau semble quand même assez rapide ;-)

Penses-tu les 54 noeuds à votre portée immédiate et où situes-tu la limite maintenant ?

En bon paysan du high tech, je prends le temps d’aller vite. Nous avons surement une petite marge de progression mais filer  54 de moyenne n’est pas notre objectif, c’est plutôt l’objectif annoncé des kites. Notre ambition est de naviguer au large désormais puis en 2010 et en parallèle de développer notre nouveau laboratoire l’Hydroptère.ch.

Observer les adversaires fait partie du jeu, quel est le plus dangereux à tes yeux aujourd’hui ?

Je suis proche des valeurs du rugby et ai beaucoup de respects pour les autres acteurs du monde de la glisse. A fond pendant le match, mais le plus important n’est il pas de boire une bière ensemble ensuite.Le plus dangereux vient toujours de soi même. De dépasser ses propres limites.

Tu as atteint un objectif voulu depuis des années. Qu’as-tu ressenti juste au moment où le record a été battu ?

Je n’ai atteint qu’une partie de mes objectifs. Nous ne faisons qu’une incursion dans le domaine de la haute vitesse et le bateau n’est pas initialement conçu pour cela. Après cette accélération prodigieuse, mais stable et maîtrisée, j’ai eu une pensée pour mon équipe à terre et sur l’eau. Ces deux records mondiaux sont le fruit de leur travail, d’un travail collectif dans un contexte parfois difficile, je leur dis ma gratitude et mon respect. J’ai eu une pensée très émue également pour deux hommes qui n’étaient pas à bord. Le premier Eric Tabarly qui m’a parrainé, poussé, porté contre vents et marées. Une pensée aussi et surtout pour Thierry Lombard qui a sauvé ce programme quand nous étions échoué sur Lanzarote. Quand c’est difficile, généralement il n’y a pas grand monde…Thierry a toujours été là pour moi, pour nous et son soutien indéfectible. Ce double record mondial est le sien, le leur à tous les deux car ils partagent humilité et vision.

Tu as dit dans le passé que l’Hydroptère tournerait la page de la vitesse après le record ? Quel est votre programme maintenant ? Quel est ton désir profond à toi ?

J’ai envie de m’accorder quelques jours pour lire et jardiner.

L’Hydroptère peut-il rivaliser avec les trimarans géants comme Banque Populaire ?

L’Hydroptère.ch, voilier laboratoire de 35 pieds est en cours de construction chez B&B à la Trinité sur Mer et au chantier Décision en Suisse. Il préfigure l’Hydroptère géant qui répondra à notre rêve ultime, le tour du monde en volant et en 40 jours.

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2 Responses to Interview Alain Thébault, skipper de l’Hydroptère et détenteur du record absolu avec 51,36 noeuds

  1. Le Zla dit :

    Du rêve en barre…

    Mon empire pour une nav sur un tel oiseau…
    Félicitations à ceux qui mènent ce rêve…

    Une chose : plus d’images encore et encore !(quoique l’on doive reconnaitre au site hydroptere.com un galerie bien fournie.)

  2. jacquesM dit :

    un peu de rêve et deliberté

    Quelques minutes passé sur votre site.. je vois le mot clé hydroptère et je repars sur mes premières amours d’il y a bien longtemps.

    je m’interesse à la bestiole volante depuis les prémices et les bricolages avec le grand Eric.

    Je ferais bien un bord, un seul bord avec eux…

    PS: très jolies photos, j’y étais pendant quelques minutes, merci.