On ne prend vraiment la mesure du caractère particulier du Mistral que lorsqu’on s’installe ici. Il faut avoir trainé un peu sur la corniche de Marseille quand un bon flux de N/O est solidement installé à 45 noeuds pour comprendre. Le vent est ici un élément à part entière, une force qui vous bouscule parce qu’elle peut prendre place dans votre vie plusieurs jours de suite, le mistral est une chose palpable qui a le pouvoir de changer le paysage. Les arbres plient, s’agitent et quelquefois s’arrachent. Les poubelles font du vol stationnaire au bout de la chaine prévue pour qu’elles ne partent pas sur orbite. Et oui, ici, on attache les poubelles. C’est d’autant plus vrai que les journées à plus de 40 noeuds – on parle bien de force 8 à 9 sur l’échelle de beaufort – soit 75 à 90 km/h n’ont rien d’exceptionnelles. Le Mistral et sa puissance font partie intégrante du sud et particulièrement de Marseille. Autant être prévenu.

Pourtant, tous ceux qui observaient depuis quelques jours les carte des vents savaient que quelque chose d’inhabituel était en gestation. Le flux annoncé se situait au-dessus des 50 noeuds mais c’est surtout son ampleur qui pouvait étonner. Sur les cartes windfinder, le rose correspond aux zones à plus de 50 noeuds. Or, vendredi, un large trou noir recouvrait une grande partie de la méditerranée sur les cartes. Un trou noir sans chiffre précis.

La réalité a été encore plus audacieuse que les prévisions. Les anémomètres présents dans la baie de Marseille ont enregistré jusqu’à 67 noeuds. Sur La Ciotat, on a mesuré des pointes à 158 km/h soit 85 noeuds. L’échelle de beaufort indique que la force 12 commence au delà de 118 km/h soit au delà de 64 noeuds, ce qui vous permettra de vous faire une idée.

Comme beaucoup d’autres par ici, j’ai attendu ce jour avec gourmandise. En arrivant en voiture sur Marseille et en jetant mes premiers regards sur la rade, s’y est mêlé de l’excitation et il faut l’avouer un peu de crainte. Installé ici depuis 25 ans, j’ai vu des coups de vents et je n’ai pas besoin d’anémomètre pour savoir quand les bornes sont franchies. On apprend ici à lire sur la mer.

J’en viens au fait. Je suis arrivé sur Marseille avec le désir de mettre un tant soit peu la beauté de la nature dans ma petit boite noire. Pour tout vous dire, ce n’était pas le coté spectaculaire que j’étais venu m’approprier mais la beauté qu’engendre la démesure. Autant dire que j’ai été servi. J’ai mis un peu de temps pour trouver mes marques, je me suis fait sévèrement secoué et puis j’ai fini par me sentir bien parce que ce que la nature m’offrait là était au delà de ce que j’avais espéré.

C’est un partie de l’archipel de Riou qu’on aperçoit sur cette image. J’ai indiqué 67 noeuds en incrustation sur la photo car je n’aime pas exagérer et que ec chiffre correspondait à une réalité sur Marseille. Compte-tenu de la position géographique de cette archipel situé au large, entre Marseille et La Ciotat, il est probable que le vent soufflait à ce moment là bien au delà de 70 noeuds à cet endroit. La Méditerranée n’est pas la Bretagne. Il n’y a pas ici, ou rarement, et de toute façon avec moins d’ampleur, cette forte houle lourde dont l’Atlantique a le secret. Il faut un vent d’une force exceptionnelle pour que la grande bleue n’est plus l’air plate. Mais tous les marins un peu honnête vous diront que cette « flaque » est excessivement difficile à négocier quand elle est forte. En photographie, c’est exactement la même chose. Les gros coups de vent sont ici plus délicats à traduire, j’ai mis du temps à cerner le sujet mais je le dis avec un brin de malice, je crois que j’ai compris…

Je prends mon temps pour préparer la série d’images, j’ai beaucoup de photos étonnantes à vous montrer, parce que je ne me situe pas – au moins dans ce cas là – dans l’urgence, pour ne pas dire dans l’actualité. J’ai mis aussi du temps à comprendre ça, mais en photo, l’urgence nuit dangereusement à la créativité.

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3 Responses to Marseille sous la tempête. Force 12 au large

  1. Alexandre dit :

    Ta photo est magnifique !

  2. Stéphane dit :

    Je n’avais pas pu m’y rendre, pas osé en moto ;-)

    Stéphane