Un photographe est quelqu’un qui propose une prestation globale. Le job consiste non pas à fournir un fichier informatique mal dégrossit après avoir appuyer rapidement sur un bouton, mais à fabriquer une image ou plutôt une série d’images cohérentes qui répondent à une logique et à un besoin. Celui d’un client quel qu’il soit. Cela implique un vrai processus en amont.

C’est un job beaucoup plus vaste, plus complet et plus intéressant aussi que ce qu’on imagine. Il existe encore des « clients » qui aujourd’hui veulent aboutir à un visuel qui servira leur marque, leur stratégie, leur philosophie et leur produit. La relation avec le photographe commence donc par de la discussion, elle doit se poursuivre par de la compréhension, de l’imagination pour aboutir à des propositions. Ensuite, il faut réaliser et le jour J, s’adapter aux contraintes et autres impondérables qui ne manquent pas de surgir. Toutes ces raisons font que c’est un métier passionnant.

Pour quelle raison j’aborde ce sujet aujourd’hui. Parce que je me sens libérer de ce vieux débat et que ce sujet lu ce matin sur A Photo Editor va dans ce sens. Les changements actuels dans le milieu de la photo obligent les pros à élever leur niveau, à se remettre en cause pour aboutir à des images d’exception et d’aller vers un vrai travail de créatif voire un travail d’auteur. Il faut avoir un style, en changer si besoin, regarder sa propre production, savoir sélectionner ec qui est bon, ce qui ne l’est plus, en éliminer 50% s’il le faut, travailler encore pour être meilleur, écouter son client, imaginer des visuels très aboutis, affuter son regard, proposer de nouveaux « scénarios ». Etre photographe consiste à gérer une prestation complète, un travail global, à apporter un regard, une expertise. C’est ça qui est intéressant. En ce sens, la concurrence des amateurs est un faux problème. Un photographe est un chef de projet pas un OS du bouton.

Alors c’est vrai, on ne peut pas le nier, il y a une évolution qui pose problème dans le sens où la surproduction d’images générée par l’arrivée du numérique, couplée à l’exposition que permet le web a cassé une partie du marché. Une portion non négligeable du business de l’image s’est donc déplacée vers le low cost. C’est hélas une évolution qu’on connu et que connaîtront d’autres secteurs. On ne peut pas ignorer que dans le même temps, la presse pris en tenaille par une baisse de son audience et des ses revenus publicitaires, coincée entre un business model qui a perdu de sa superbe et le suivant que personne n’arrive à équilibrer sur le net, a également cessé d’être un secteur porteur qui a pourtant permis pendant longtemps à des photographes de s’exprimer et de se développer. Certains titres de presse sont également largement victimes de leur manque d’imagination, de frilosité voire de médiocrité.

Est-ce la fin des photographes professionnels pour autant, probablement pas. L’erreur la plus commune est d’assimiler le photographe à un possesseur d’appareil photo. C’est un raccourci qui arrange pas mal de monde, les photographes amateurs par exemple, beaucoup de clients aussi. Vous avez un reflex, vous savez appuyer sur le bouton, vous êtes photographe. Dans l’absolu oui. Un pro, probablement pas. Désolé mais posséder un superbe mixeur ne fait pas de moi un cuisinier. En plus, je manque de temps pour la cuisine et les chefs font ça mieux que moi

 

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8 Responses to La photographie et la concurrence des amateurs : un faux problème

  1. Guy Capra dit :

    +1 avec votre analyse Thierry.
    De plus : rien ne remplacera jamais le talent, et le besoin de travailler avec des gens de qualité pour produire un résultat de qualité, quel qu’il soit.
    Et enfin une petite note en guise de presque-private-joke : qu’elles sont belles et bien équilibrées vos photos sans gros pavé-filigrane au milieu ! ;-)

  2. Ronald dit :

    Très bonne analogie !

    Tiens, au fait, y’a des mixeurs dans les cuisine des Mac Do ?
    Ha non, suis-je bête, y’a même pas de chefs ! :)

    Pourtant, qu’est-ce qu’ils en gagnent, du pognon…

  3. Thierry dit :

    Merci Guy. Vous pouvez aussi en retrouver quelques une sans watermark ici : http://www.thierryseray.com

  4. Stéphane dit :

    Bonjour Thierry,

    Plus que globalement (ça sent la nuance !) d’accord avec toi.
    La notion de processus amont, c’est savoir pourquoi on fait les choses. Cela s’applique d’ailleurs à de nombreux domaines (je bosse dans l’informatique, et il est possible de dresser un bilan similaire).

    Stéphane

  5. Stéphane dit :

    Au sujet du travail d’auteur, par contre à mon avis les amateurs ont leur place.

    Stéphane

  6. Thierry dit :

    Bien sûr, les amateurs ont leur place dans le travail d’auteur, là n’est pas la question d’ailleurs. Le propos est juste de justifier aux yeux de ceux qui cherchent des visuels efficaces où sont les limites du parallèle amateurs vs professionnels. Bien sûr il y a des bons amateurs et de mauvais pros, mais il y a un monde entre « faire de belles photos » et faire des photos qui répondent en toute circonstance à un cahier des charges. D’ailleurs beaucoup de photographes pensent que le métier (de photographes) consiste à « faire des photos ». Vivre de ce métier, et continuer à poursuivre sa voix (ne pas tomber dans la commande alimentaire) c’est répondre à une problématique autrement plus complexe

  7. Stéphane dit :

    Aïe, mauvaise compréhension de ma part sur ton propos travail d’auteur. La lecture rapide sur petit écran est pleine de pièges ;-)
    Sur les bon et les mauvais, il y en a dans tous les domaines, y a qu’à voir chez les chasseurs ;-) En fait nous sommes d’accord ;-)

    Stéphane

  8. clovis dit :

    Ce qui est amusant c’est que ton constat de cette evolution fondamentale de ton art/industrie est valable dans plein de domaines/secteurs depuis quelques annees: le passage d’une logique « je pousse mes produits » a une logique « j’ecoute mes clients et je leur apporte des solutions ».

    J’ai le sentiment qu’il y a aujourd’hui deux approches « marketing » possibles:
    1/ j’ai une idee geniale, unique, revolutionnaire (iphone, produits de grand luxe): je peux encore me permettre de faire comme avant
    2/ j’ai un produit de qualite mais pas unique: je dois comprendre mon client pour savoir comment adapter ce produit
    Finalement on en revient a ce qu’on faisait avant la revolution de la societe de consommation pour tous, quand un artisan talentueux mais pas genial se differentiait par sa capacite a concevoir le buffet qui entrait dans ton salon et pas celui du voisin

    Cela rejoint d’ailleurs un peu l’echange que nous avions il y a qques mois sur les bateaux a moteur et sur le design automobile…
    Perso je bosse pour des banques d’affaires (oui oui, les mechants traders et tout), et elles ont exactement le meme probleme, aussi incroyable que cela puisse paraitre (car passer d’une logique « industrielle » a une logique « artisanale » a l’echelle de milliers de clients, c’est compliqué…)
    La ou le changement est sans doute difficile pour les photographes, c’est qu’il y a toujours une ambiguite sur la notion d’art: j’imagine qu’un photographe voit son travail comme le produit d’une inspiration plus que le resultat d’une commande… mais bon, la realite economique est la, sauf si tu as herite.

    C.