Dès le début, avec Tendance Bleue, j’ai abordé un spectre de sujets assez large. Le 10 janvier 2007, j’avais écrit ce post sur un photographe américain. J’ai envie de ressortir un peu de ce que je considère les posts les plus représentatifs de ce blog. Je le ferai dorénavant plus régulièrement.

Un ami m’a offert très récemment cinq petits livres de la collection Phaidon sur les photographes. Aujourd’hui j’ai choisi de vous parler de Jacob Riis, photographe de la fin du 19 éme siècle dont j’ignorais l’existence jusqu’à présent. Mon livre montre le travail de Riis dans le New York des années 1890. Un travail superbe qui prouve a quel point la vie aux Etats-Unis a changé en un siècle. J’ai donc cherché à me documenter sur l’auteur. L’article que je vous invitait à lire à l’époque (signé d’Edgar Roskis qui nous éclairait sur la manière de travailler d’un photographe à l’aube du 20 ème siècle, n’est plus accessible mais j’en ai trouvé un autre. Voici l’extrait du sujet de Roskis)

La photographie de presse s’impose donc au moment (ndlr : 1890) même où s’opère une disqualification de l’écrit : le contraire, en somme, de ce qui se passe aujourd’hui où nous mettons en doute l’image et vénérons le texte. Mais à cette époque, le lecteur, frappé par le réalisme photographique, y trouvait à tort ou à raison la preuve de ce que le journaliste avançait, sans laquelle il n’était plus obligé de le croire. À cet égard, l’histoire de Jacob Riis est édifiante. D’origine danoise, Jacob A. Riis débarque à New York en 1870, à l’âge de vingt et un ans, au beau milieu d’un flot d’immigrants qui voit dans l’Amérique un nouveau monde à conquérir, où s’établir. Mais la réalité est moins idyllique. Comme beaucoup de ses semblables, Riis ne trouve à se loger que dans les quartiers sud de Manhattan où règne la pauvreté, dans les bas-fonds de l’île principale de New York, capitale économique d’un pays par ailleurs en pleine expansion. Attaché au commissariat de Mulberry Street pour le compte d’une gazette locale, le Tribune, il devient petit à petit le chroniqueur d’un des endroits les plus pauvres de la péninsule, le Lower East Side. Problème : personne n’a foi en ses récits, ne veut croire à la misère qu’il relate jour après jour, tant la sombre réalité qu’il décrit paraît littéralement incroyable au lectorat du Tribune. Pour l’essentiel constitué d’une classe moyenne dynamique, optimiste, ce lectorat ne veut rien savoir des scories d’une société dont la valeur fondamentale est la réussite.

Aussi Jacob A. Riis se saisit-il, pour corroborer ses articles, de la photographie. Il embauche deux assistants, les équipe de flashs (à l’époque, des flashs à poudre de magnésium, seulement capables d’un seul éclair), et organise des « descentes » dans ces rues mal fréquentées qu’il connaît comme sa poche, pour en enregistrer de visu la déliquescence et l’afficher à la face d’un monde à ses yeux trop tranquille. Il prouvera ainsi aux lecteurs que les descriptions qu’il leur donnait de la vie effroyable dans les taudis et les bouges de Manhattan n’avaient rien d’exagéré. Ses clichés ont été regroupés dans un livre, How The Other Half Lives (« Comment vit l’autre moitié »), qui fait date dans l’histoire de la photographie.

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4 Responses to Jacob Riis, New York 1890 et l’évolution de la presse…

  1. bernard dit :

    un très beau blog
    bravo et bonne soirée

  2. Thierry dit :

    Merci

    Et de même…

  3. Sylvain dit :

    A cette époque, l’image pouvait effectivement servir de « preuve », elle était un gage de vérité, étant donné que la retouche photographique était quasiment inexistante (même si on pouvait bricoler quelques trucs avec des caches dans la chambre noire).

    Aujourd’hui, suite à la facilité avec laquelle les images peuvent être retouchées, et surtout suite à la prise de conscience de ce fait par les personnes, n’importe quel cliché sortant un peu de l’ordinaire ou qui présente la réalité sous une facette inhabituelle est qualifié de « trucage », de fake.

    Le site ecrans.fr a publié un article il y a quelques temps sur ce phénomène où tout ce qui est un peu extraordinaire est qualifié de « fake » (faux, supercherie).
    http://ecrans.fr/spip.php?article518

  4. Vincent dit :

    Infra-rouge, ultra-violet ?

    C’est vrai que le spectre de ton blog est assez ample (sans doute une des raisons de mes visites quotidiennes), un peu à l’image de la Photographie : Multiple. Merci pour ce « Post » particulièrement intéressant.

    Vincent