Le billet a été initialement publié le 25 septembre 2008. C’est dingue comme le temps passe vite. La question et le débat restent entier. Benoit Marchal du Déclencheur, avec qui j’en ai discuté trois heures en deux fois en sait quelque chose. Pareil pour  Jérôme Geoffroy avec qui j’ai aussi échangé sur le thème il y a peu.  A l’heure où l’on parle ici et ailleurs de vidéo aussi, d’où viennent vos « racines » graphiques et visuelles reste une bonne question à se poser.

Vous avez été nombreux, très nombreux à lire les pages concernant l’EOS 5D Mark II et le film de Vincent Laforet, la convergence photo/vidéo ou les caméras Red. Vos commentaires étaient souvent très instructifs. Cet aspect interactif est vraiment le point fort du blog et à ce point de vue, je suis très heureux de piloter TendanceBleue. Nous avons entre autre parlé de certains réalisateurs de cinéma comme Ridley Scott ou Michaël Mann dont la façon de filmer, les cadrages et la lumière, sans parler des mouvements de caméras, sont autant de sources d’inspiration pour les photographes. C’est là où je veux en venir….

Je veux parler de la « culture visuelle » inhérente à chaque photographe, ainsi qu’à la place qu’elle prend dans notre manière de faire des photos. L’importance qu’elle occupe également dans la progression, dans l’évolution de chaque photographe, dans nos choix non seulement de sujets mais aussi dans la manière de traiter ces sujets. Une fois encore à l’heure où la technique bouleverse et bouleversera encore notre manière de photographier ou de faire des petites séquences filmées, à l’heure où la technique nous donne de nouveaux outils, mais aussi à l’heure où le marketing vous faire croire que c’est bien le nombre de pixels et le dernier cri qui importe pour faire de beaux clichés, cette notion de culture visuelle me semble prépondérante, incontournable.

C’est le fondement de votre « personnalité » en photo. Pour ma part, mes influences viennent  des magazines de surf américains dans lesquels je me suis plongé pendant des années et dont l’iconographie allait bien au delà des simples photos d’action. J’ai également été marqué et pour une part importante, par les photos de mode des magazines français et étrangers, la lecture de Géo ou du National Geographic et les plongées au fin fond du monde et des civilisations et j’ai bénéficié aussi d’autres apports, avec la  lecture  de magazine  comme Photo pour les reportages de news, de guerre et autres, ainsi que sa version américaine. A ce sujet le dernier numéro sur les 20 ans de photojournalisme est une pépite à garder. Il retrace les 20 ans du festival Visa pour l’Image, il y a un très beau portfolio sur les 20 plus grands reporters du 21 éme siècle et un sujet que je vous conseille de voir sur Munem Wasif qui a photographié l’Inde en N&B seulement équipé d’un 5D et d’un 28 mm.

Le magazine Photo m’a permis de découvrir de nombreux piliers de la photographie dans tous les domaines d’expression réunis, je me rappelle aussi du magazine Photo Reporter qui au début des années 90 traitait vraiment du reportage, du sport, des news sous un angle vraiment professionnel et publiait des reportages exceptionnels. Au delà des magazines, je citerais aussi les livres bien sûr mais aussi comme influence majeure le graphisme et la mise en page avec le travail de gens comme Neville Brody par exemple.

Je pense qu’il y a quatre grands paramètres à réunir pour réussir une photo :

- la culture visuelle justement, l’idée qui sous-tend votre image, où bien le sujet « porteur », l’axe, le fil, l’histoire qui relie les images dans un reportage complet,

- la préparation, c’est à dire la réflexion sur les conditions de prises de vue pour savoir dans quelle « direction » aller le jour J

- la technique proprement dit. le choix des bons paramètres pour exploiter chaque situation

- et enfin l’instinct. Le petit rien qui au moment de déclencher va faire la différence.

La répartition de ces quatre parts varie au fil des années et à mesure que l’on passe des caps. Mais la culture visuelle est à mon sens prépondérante.

Et vous ? Quel photographe êtes-vous et d’où vient votre culture visuel ? Tant qu’à poser des questions, une autre : d’où vient votre passion pour la photographie ?

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5 Responses to Culture visuelle : quel photographe êtes-vous ?

  1. Stéphane dit :

    Salut,

    Questions qui n’ont pas forcément de réponses … faciles !

    Perso, en tant qu’amateur, l’image animée m’attire assez peu, d’une part parce-qu’il faut, à mon avis, avoir déjà fait un très gros travail de préparation (l’histoire) et qu’après, il y a encore un énooorme boulot de production. Dans mon cas c’est un peu comme la planche à voile : j’ai essayé (il y a longtemps), mais comme je faisais déjà de la voile et que j’y prenais mon pied … je n’ai pas insisté, pas le matos, pas les moyens en temps et euros, …

    J’ai ensuite navigué avec un copain qui faisait aussi de la photo (il est pro maintenant), c’est avec lui que je partais en baguenaude photo. C’est surement grâce à lui que j’ai commencé à essayer de réfléchir à l’image. A partir de cette époque, quand j’avais les moyens : Photo, Voiles & Voiliers, Le Chasse-Marée, parfois Bateau ou Neptune …

    Toujours en tant qu’amateur, prévoir ce que l’on va faire permet de s’en donner les moyens et de ne pas perdre de temps, même si l’on n’a pas la pression du pro. Il m’arrive de plus en plus de repérer : pour revenir au bon moment, savoir combien de tps il va me falloir pour rejoindre le spot, … Idem pour les photos en nav, puis faire choix : être à la barre ou faire des photos, pourquoi faire des photos et pour qui, émotion ou maitrise de l’outil, …

    Stef

  2. Neverends dit :

    Bonjour,

    même si le photographe produit une image statique au sens propre du terme, le cinéma a je pense une grande importance dans la culture visuelle. Du moins dans mon cas.
    Au départ je dessinais, mais aimant les rendus réaliste, le dessin ne m’apportait pas ce que je voulais dans ces conditions, c’est la que la photo rentre en jeu, je peux me consacrer sur l’image dans son ensemble plutôt que de chercher le réalisme a tout prix.

    niveau culture cinématographique, les films d’horreur ont été le déclencheur à mes créations, des fois je retourne dedans, des fois je m’en détache, Mais une ambiance, un plan un sentiment, peuvent faire naitre une idée d’image.

  3. [...] réunion, mais c’est vrai à beaucoup d’autres occasions, j’en ai même fait un billet spécial,  je repensais aux films qui m’ont marqué,  ceux dont on ne ressort pas indemne,  aux [...]

  4. Moi, c’est le regard de mon 1er appareil photo l’ « Instamatic » ! Tout dire et tout mettre dans une même image. (à l’époque pellicules de 12 ou 24 images).
    Très difficile d’évoluer de cette empreinte et progressivement d’ arriver à élaguer…

    http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/0/04/Kodak_Instamatic_100.jpg

  5. [...] univers, enfin, à mon humble avis. Et comme j’avais déjà eu l’occasion de le confier dans ce billet, je pense avoir été davantage influencé par la photo de sports mécaniques, le cinéma, le [...]