Sailrocket a battu le record absolu de vitesse à la voile. Paul Larsen et son équipe, qui travaille dans l’ombre depuis de longues années, ont même porté le chiffre au-delà de toutes les attentes.

Alain Thébault, skipper de l’Hydroptère et ex détenteur du record, me confiait pourtant juste après le premier record déjà hallucinant (59 et des poussières) qu’il pensait que VSR2 irait beaucoup plus vite, chiffrant même entre 65 et 70 noeuds moyen la vitesse dont il les pensait capable. Sur le moment, je l’ai trouvé très optimiste, mais la semaine suivante lui donnait raison.

A partir de là, tout est désormais possible puisque les problèmes de cavitation étant en grande partie maitrisés – Sailrocket utilise un foil à profil super-cavitant – il y a désormais de la marge de progression. Evidemment chaque noeuds sera difficile à gagner tant la stabilité, l’aérodynamique, les variations de vent, le plan d’eau sont des paramètres délicats à maîtriser.

Pour avoir vu Alex Caizergues et Rob Douglas la semaine dernière sur le nouveau canal des Salins de Giraud, je peux me risquer à dire qu’ils sont en capacité de battre le record de Rob, soit 55,65 et sans doute d’approcher les 60 noeuds. Mais il est évident qu’à court terme, les 65,45 de Larsen sont hors de leur portée. Raphaël Salles, créateur et patron de la marque F.One, sponsor d’Alex, est désormais conscient que laisser son coureur évoluer avec des voiles de série conçues pour le freestyle ne peut plus être une option. Les kiteboarders vont devoir apprendre non pas à « simplement » descendre le vent au prix d’un exploit technique et physique mais également à multiplier la vitesse du vent sous peine de n’être plus dans la course. Il en va de même pour Rob mais je n’ai pas de son de cloche de chez Cabrinha, je vais essayer d’en avoir un.

De son coté, il est évident qu’Alain Thébault qui ne manque jamais une occasion de louer les performances de ses concurrents, et qui a eu l’élégance d’inviter à bord de l’Hydroptère l’été dernier Rob Douglas mais aussi Paul Larsen, ne rêve que d’une chose, leur faire la peau au sens sportif du terme. Je trouve personnellement que cette quête entre les bateaux, les kites, mais aussi les windsurfers – on ne peut pas oublié qu’Antoine Albeau et Anders Bringdal viennent de franchir les 50 noeuds – est une belle aventure et qu’il y a un coté « Gentelmens, start your engine » dans cette saga et j’ose croire que nous ne sommes pas au bout de nos suprises. Luderitz s’ouvre aussi au kite ce mois-ci et on ne peut ignorer que Seb Cattelan est capable d’un exploit. L’Hydroptère est trop gros, trop lourd pour de nouveau jouer les premiers rôles sous sa forme actuelle mais je verrai bien un «  Hydroptère Rocket  » plus petit, plus bas, plus léger venir mettre un peu la pression à Larsen. Le mariage entre l’Hydroptère et DCNS a été de courte durée, ce qui a fait dire à certains observateur que la fête était finie, mais je reste optimiste, l’aventure va continuer. Les bateaux iront jouer au-delà de 70 nœuds plus rapidement qu’on ne le pense et Larsen aura de la concurrence. C’est même souhaitable.

Il y a cependant un point particulier sur lequel je voudrais revenir parce que c’est une vraie belle histoire, un truc très noble, un point qui me touche particulièrement. S’il est incontestable que l’équipe de Sailrocket a fait un travail fabuleux, pendant des années, sans remporter de succès notable sauf sur la fin du parcours, ce qui fait dire à Alian Thébault que lui et Larsen sont des résilients de la vitesse, le concept de Sailrocket, le principe de son architecture, est du à Bernard Smith, ingénieur américain qui travaillait pour l’US Navy et dessinait pour son plaisir des engins de vitesse dans les années… 50.

Son livre «  The 40 knot salilboat  » dont la couverture est le dessin du concept dont est issu le premier SailRocket, est sorti en 1962. Paul Larsen explique dans son blog qu’il a échangé avec Bernard Smith devenu un vieux monsieur. Que Smith,alors âgé de 97 ans a pu constaté que son concept fonctionnait, quand Larsen passant la barre des 40 nœud en novembre 2007. Larsen le rappela même en 2010 pour lui dire que le bateau qu’il avait imaginé était sans doute capable d’aller à 50 nœuds. Smith est mort quelques temps plus tard, il avait 100 ans.

J’ai trouvé sur le net un vieil exemplaire du livre de Smith que j’ai reçu des Etats-Unis ce matin par courrier. J’avoue être vraiment très touché par cette histoire. Un homme dessine un bateau dans les années 50 et soixante ans plus tard, d’autres audacieux se servent de la puissance de son imagination pour repousser les limites. Et ils ont l’extrême élégance de lui rendre hommage, de l’associer à leur réussite.

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4 Responses to Vitesse à la voile. Bernard Smith, l’homme qui avait 60 ans d’avance

  1. Alexandre dit :

    Bien ! Cette « nouvelle » concurrence va peut-être pousser les designer de kite à se bouger les fesses. Car pas beaucoup d’innovation depuis 2 ou 3 ans.
    Au passage, big up à Anders Bringdal, qui était l’un des héros de mon adolescence et qui est toujours là. Si ça c’est pas de la passion !

  2. Et Anders ets le seul à avoir passé les 50 noeuds sur deux embarcations différentes…

  3. Dejeufosse dit :

    Une tres belle aventure qui traverse les generations que l’on soit spectateur ou acteur le rêve et toujours là alors mesdames, messieurs merci pour votre imagination votre determination pour mener à bien ce défis qui me font rever depuis un certains nombre d’années maintenant….

  4. clovis dit :

    big up à tous :)