Archives Tendance Bleue : billet initialement publié le 13 octobre 2008

J’ai quelquefois l’envie de descendre dans les archives de tendancebleue, histoire de montrer à ceux qui ont découvert ce blog il y a peu, qu’ici sont abordés beaucoup de sujets liés à la culture maritime au sens large du terme. Ce billet concernant Anita Conti figure parmi ceux qui me tiennent à coeur. On peut aimer le surf hardcore, les vagues mais aussi être sensible aux voiliers de tradition et à l’histoire de ceux pour qui la mer aura tout représenter. Anita Conti est un grande dame de la mer et de la photo. Je me suis dit le 11 décembre 2006, date à laquelle cette note avait été publié, que c’était l’occasion idéale de vous parler de cette femme qui a voué sa vie à l’océan, dont les photos sont autant de trésors et qui dès 1935 se souciait d’environnement. Sur le net, j’ai trouvé un portrait et sa page sur le site de l’Agence Vu.

 » Je ne suis, disait-elle, qu’une créature solide à travers le vent. « 

Née le 17 mai 1899 à Ermont, Anita Conti, née Caracotchian, fut une aventurière, une exploratrice insatiable, mais aussi une femme du monde qui croisa des célébrités du siècle. Fortunés, ses parents lui avaient donné le goût des voyages, mais aussi celui de l’eau :  » J’ai su nager avant de savoir marcher « , se plaisait-elle à rappeler. Elle passera donc la plus grande partie de sa vie sur l’eau, où, plusieurs décennies avant le commandant Jacques-Yves Cousteau, elle sut défendre le milieu marin et contribuer à lancer l’océanographie, alors balbutiante.

 » Nous sommes les gérants, fugacement passagers, de terres, d’airs et d’eaux qui devront nourrir les foules de l’avenir. En conséquence, il faut léguer un domaine correctement entretenu « , disait-elle à l’époque. En 1935, elle est engagée à l’Office scientifique et technique des pêches maritimes (ancêtre de l’Ifremer), et participe au lancement du premier navire océanographique, le Président-Théodore-Tissier.

Cette reconnaissance officielle est, pour elle, la possibilité de mener sans entraves la vie dont elle a toujours rêvé.  » Dès que je mets le pied à bord, je voltige. La vie est là « , disait-elle. Elle  » voltigera  » donc inlassablement, de l’Islande à Terre-Neuve, de l’Ecosse au Spitzberg. En 1939, elle embarque sur les dragueurs de mines en Manche et en mer du Nord. Pendant cinq mois, elle met sa connaissance des courants au service des hommes qui, à bord de chalutiers de bois réquisitionnés pour la circonstance, sont chargés de désamorcer les mines magnétiques mouillées par les Allemands.

Elle passe ensuite en Afrique, chalute les mers chaudes avec les pêcheurs résistants pour ravitailler les armées alliées. Chargée par le gouvernement d’Alger, en 1943, d’étudier les techniques de pêche traditionnelles du littoral ouest-africain, elle prospectera ensuite les côtes du continent noir pendant plus de dix ans. Parallèlement, elle crée, en 1946, une pêcherie de requins en Guinée, à Conakry, s’inspire du savoir-faire nordique pour améliorer les techniques locales de fumage du poisson. Son travail n’étant pas reconnu par les autorités locales, elle doit rentrer en Europe.

En 1952, elle embarque sur le chalutier-saleur Bois-Rosé pour partager, à 53 ans, la dure vie des pêcheurs de Terre-Neuve, filme et photographie les campagnes morutières dans le Grand Nord. Elle en tirera un best-seller :  » Racleurs d’océan « , qui sera suivi d’autres ouvrages : Géants des mers chaudes (1957), L’Océan, les Bêtes et l’Homme (1971). Des récits réalistes et pédagogiques, mais aussi poétiques et lyriques, à la gloire de ces hommes  » debout dans la mer « . A l’âge de 60 ans , toujours aussi passionnée, elle menait encore des expériences d’aquaculture en Italie. Elle naviguera jusqu’au bout de ses forces, à 70 ans passés. Fatiguée, atteinte d’une attaque cérébrale qui l’avait privée de la parole, Anita Conti s’était installée à Douarnenez où elle est morte en 1997.

Par ailleurs, je vous conseille ce lien : http://antoinemartinprod.fr/film/affiche/id/384

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9 Responses to Anita Conti. La vie au sens large

  1. Mélanie dit :

    Superbes photos.
    Merci de m’avoir fait découvrir cette excellente photographe .
    Je vais maintenant essayer de trouver des photos d’Anita en vente.
    Mélanie

  2. Thierry dit :

    Raison d’être

    Merci. C’est aussi la raison d’être de ce blog. Faire découvrir aux autres les personnages qui m’ont marqué et influencé. Faire tourner l’inforfmation et l’émotion. Partager. Les blogs sont une belle invention.

  3. Thierry dit :

    Magique non ?

    Ca ne m’étonne pas que tu percutes sur ce genre d’image. :=) Des fois, je me dis qu’il faut que j’arrête la photo de régates pour aller au delà..

    • Akaseltzer dit :

      5 ans après, toujours pas… ne traîne pas Thierry !

      • thierry dit :

        Belle remarque. Fort à propos d’ailleurs…. justement, je m’en occupe en ce moment, il a fallu une longue démarche pour en arriver là, mais la porte est enfin ouverte, et ce n’est pas des paroles en l’air….

  4. Stéphane dit :

    J’avais vu son fil « Racleur d’Océans » à Douarn, cela devait être à l’inauguration du Port-Musée, il m’avait flanqué une sacré claque à l’époque (!) … et puis il y de la vie dans ses photos.

    Il y a un bouquin pas mal, si je m’en souvient bien (il n’est pas dans ma bibliothèque, hélas) Les-Terre-Neuvas

    Stéphane

  5. gael dit :

    bonjour

    pour les amateurs de cette femme hors du commun, qui habitait un appartement sombre rempli (et le mot est faible) de dossiers, de photos, de souvenirs divers et variés (des dents de poisson scie , des limules…) un film documentaire dont sa vie sert de support : http://www.antoinemartinprod.com/AMP/Anita_Conti___une_vie_embarquee.html

  6. Merci beaucoup Gael